Explication simple

Pourquoi mettre des obligations dans un portefeuille

Une obligation peut calmer un portefeuille, mais seulement si la monnaie et les taux restent crédibles.

Acheter une obligation d'État, c'est prêter de l'argent à l'État. Il promet de payer des intérêts, puis de rembourser le capital. Ce contrat peut être très utile quand l'inflation baisse et que les taux reculent. Mais il peut devenir mauvais quand les taux partent de trop bas et que l'inflation détruit le pouvoir d'achat.

Rôle Contrat rémunéré

Une obligation porte une promesse d'intérêt et de remboursement par l'émetteur.

Risque Perte réelle

Inflation et hausse des taux peuvent fragiliser un rendement qui paraît rassurant à l'écran.

Première lecture Nominal ou réel

Avant le taux affiché, la vraie question est le pouvoir d'achat récupéré à la fin.

Lecture simple

Une obligation, c'est un contrat avec l'État

Vous prêtez de l'argent. L'État promet un intérêt, puis le remboursement. Tant que la monnaie garde sa qualité, ce contrat peut être très utile.

Le danger commence quand le rendement promis est trop faible, que l'inflation accélère et que les taux remontent. Le contrat peut être respecté sur le papier, mais perdre du pouvoir d'achat en vrai.

Utile

Quand l'inflation est tenue, que la monnaie reste crédible et que les taux peuvent baisser. Là, l'obligation peut vraiment amortir le portefeuille.

Dangereux

Quand les taux ont été écrasés trop bas et que l'inflation force leur remontée. Dans ce cas, le contrat peut être respecté nominalement tout en détruisant du pouvoir d'achat.

France

Quand les obligations deviennent fragiles

Le cas français montre le piège classique: les obligations montent longtemps quand les taux baissent, puis souffrent quand l'inflation et la remontée des taux arrivent ensemble.

Graphique 1

France: l'OAT 10 ans en pouvoir d'achat

Base 100 en 2000. La ligne rouge retire l'inflation française. La ligne grise montre pourquoi regarder seulement le nominal peut rassurer à tort.

Graphique 2

Le vrai moteur: le taux 10 ans

Quand ce taux baisse, les anciennes obligations respirent. Quand il remonte vite, elles deviennent moins attirantes et leur prix baisse.

France: 100 EUR en OAT 10 ans 150.3

Pouvoir d'achat final estimé depuis 2000, inflation française retirée.

France: meilleure zone 223.0

Le portefeuille réel culmine vers 2019, quand les taux sont très bas.

France: pire baisse réelle -34.2 %

Choc entre 2019 et 2023, quand les taux remontent.

Taux 10 ans français Début 5.7 %, fin 3.5 %

Le taux descend même à -0.3 % en 2019, puis remonte. Cette remontée fait baisser les anciennes obligations.

À comprendre avant d'acheter

Pourquoi une obligation baisse quand les taux montent ?

Une obligation déjà achetée est un ancien contrat. Son coupon est fixé. Si le marché propose maintenant un meilleur taux, votre ancien contrat doit devenir moins cher pour redevenir compétitif.

Coupon fixe Taux du marché Prix qui s'ajuste
Taux qui montent

Les anciennes obligations deviennent moins attirantes.

Imaginez une obligation qui paie 1 % par an. Si les nouvelles obligations paient 4 %, personne ne veut payer le même prix pour recevoir seulement 1 %. Le prix de l'ancienne obligation baisse jusqu'à offrir un rendement comparable.

Taux qui baissent

Les anciennes obligations deviennent plus recherchées.

Si votre obligation paie 4 % et que les nouvelles obligations ne paient plus que 1 %, votre ancien coupon devient précieux. Des acheteurs acceptent de payer plus cher pour l'obtenir : le prix de l'obligation monte.

Le remboursement promis ne change pas forcément. Ce qui change, c'est le prix auquel le marché accepte d'acheter ce contrat avant son échéance.

À retenir pour la France

Les obligations ont été très utiles quand les taux descendaient. Elles deviennent beaucoup moins confortables quand on part de taux trop bas.

La question n'est pas seulement: est-ce que l'État rembourse ? La question est aussi: avec quel pouvoir d'achat rembourse-t-il ?

Turquie

Quand l'obligation locale n'est plus un refuge

Dans un pays où la monnaie perd trop vite sa valeur, une obligation peut payer des intérêts et rester insuffisante. Le vrai test est le pouvoir d'achat après inflation.

Graphique 3

Turquie: or, obligations très court terme, obligations très long terme et cash normal

Base 100 au départ, en pouvoir d'achat réel. Je compare ici l'or, des obligations très court terme, des obligations très long terme et du cash normal gardé en TRY.

100 TRY en obligations très longues 33.3

Pouvoir d'achat final des obligations très long terme du cas observé.

Pire baisse obligations très longues -79.5 %

Même une obligation très longue peut baisser fortement en pouvoir d'achat quand l'inflation domine.

Or / obligations très longues 26.0x

Dans ce cas, l'or finit très au-dessus des obligations très long terme.

Cash normal 3.1

C'est la monnaie gardée sans rémunération, en pouvoir d'achat réel.

Le test à faire avant d'en acheter

  1. Est-ce que le rendement couvre vraiment l'inflation probable ?
  2. Est-ce que la banque centrale protège la monnaie ou finance le problème ?
  3. Est-ce que je veux une poche défensive, ou juste un chiffre de rendement qui rassure ?

Avant de choisir, il faut surtout bien comprendre si l'on est plutôt en inflation ou en déflation, afin de savoir si la poche défensive doit plutôt aller vers l'or ou vers les obligations.

Exemple historique construit a partir des series officielles de Borsa Istanbul et de la banque centrale turque, puis corrige de l'inflation turque. La poche cash correspond a un cash rémunéré court terme, et non a des billets de TRY laisses sous le matelas.